Les prix littéraires de l'écrivain autrichien Thomas Bernhard

Les "trous du cul" et les autres...

Il est rafraîchissant de constater, alors que la mode est au politiquement correct, au «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil», que les grands esprits font bien la différence entre les «trous du cul» et les autres. C’est le cas de l’autrichien Thomas Bernhard, considéré comme l’un des plus grands romanciers et dramaturges de langue allemande dont le dernier recueil publié chez Gallimard sous le titre Mes prix littéraires est un véritable régal.

Les "trous du cul" du Sénat des Arts de Vienne...

«Trous du cul», par exemple, les membres du Sénat des Arts de Vienne qui décernent le «petit» et «grand» prix autrichien de littérature: «Chaque année de nouveaux trous du cul sont élus à cette assemblée, qui se nomme Sénat des Arts et qui représente un mal inexpugnable et une absurdité perverse au sein de notre état».«Meine Preise», récit satirique de toutes les cérémonies et grandes déclarations accompagnant les prix littéraires ( en l’occurrence, ceux décernés à Bernhard lui-même) est une charge cinglante contre tous les imbéciles, ignares, et prétentieux. Le président de l’académie des sciences, un certain Hunger, remettant le prix Grillparzer à Bernhard,cite des noms de pièces qu’il n’a pas écrites, la ministre Finberg ronfle pendant la cérémonie « de ce discret ronflement de ministre connu dans le monde entier» et lors de la remise du prix du Cercle culturel de la fédération de l’industrie allemande, le président Von Bohlen und Halbach se trompe de sexe pour les récipiendaires...

Les" trous du cul" du monde médical...

La verve de Bernhard déborde le milieu des lettres : en 1967, le voilà hospitalisé à l'hôpital des maladies pulmonaires de Vienne, où les médecins le laissent tomber et où il se résigne à une mort prochaine en jouant au cartes avec un voisin de chambrée. Voici le célèbre professeur Salzer, devant lequel tout le monde se prosterne et qui découpe les poumons des patients avec sa fameuse «élégance salzérienne» . « Je le revois envoyant chaque semaine à la tombe,selon un plan soigneusement élaboré,les victimes de sa noble science, bien plus rapidement que s’il avait laissé faire la nature,même s’il n’y pouvait rien, lui la sommité parmi les sommités dans son domaine». Les médecins de l'hôpital sont perfides, les bonnes soeurs bigotes,les couloirs fétides, la sournoiserie, l’hystérie et le dévouement tendus dans le même but, l’anéantissement de l’humain.

Bernhard ne s’épargne pas.

S’il accepte toutes les corvées liées aux prix littéraires, c’est qu’il a besoin d’argent, et l’écrivain est aussi féroce envers lui-même qu’envers les autres. Le voila qui se laisse embobiner par un marchand de biens qui lui fait visiter une fermette en voie de décomposition dont toutes les pièces, répète t-il, sont d’excellentes proportions. Les parquets sont vermoulus et rongés par la pourriture, mais Bernhard signe le compromis de vente en gageant les soixante dix mille schillings qu’il doit recevoir au titre du prix de littérature de la ville de Brême. Peu après dans le train, face à sa tante, figée dans un terrible pressentiment, il sent monter en lui les affres du doute. «Je m’étais laissé entraîner dans quelque chose d'absolument effroyable». Observateur sans pitié de tous les «trous du cul» Ber nard a la même sévérité envers lui même. «»Mes prix littéraires» est un magnifique exemple d’auto dérision.
Mathieu Dermott
Thomas Bernhard. Mes prix littéraires. Gallimard.

 

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Dean Koontz. Un type bien. Editions Jc Lattès.