Arcadi Gaydamak, l'une des vedettes de l'Angolagate

Arcadi Gaydamak, l'une des vedettes de l'Angolagate, aurait pu être un héros de roman d'aventures ou de roman noir. Paupières légèrement enflés à la manière d'un boxeur après un match difficile, cheveux soigneusement lissés en arrière, nez légèrement tordu, on l'imagine parfaitement jouer dans un film ce rôle de trafiquant international, pour lequel les juges l'ont condamné en octobre 2009 par contumace à six ans de prison ferme pour "vente illicite d'armes", "abus de biens sociaux", "fraude fiscale", "trafic d'influence actif et "blanchiment»


« On ne peut rien contre la force des apparences » reconnait Gaydamak dans ses mémoires « le Revers de la médaille », publié chez Fayard. Le timing pour cette publication est des mieux choisis car le sulfureux millionnaire d'origine russe est depuis le 19 janvier, comme Charles Pasqua, une des vedettes de la reprise du procès de l' « Angolagate », cette sombre histoire de trafic d'armes qui a agité les prétoires de 2001 à 2009.
Quel étonnant parcours, que celui de cet homme né à Moscou en 1952 ! Entreprenant et entrepreneur dans l'âme, il quitte l'Urss en 1972 car le carcan communiste ne lui permet pas d'y exercer pleinement tous ses talents et arrive en France a 20 ans. Après une série de petits boulots –veilleur de nuit, peintre en bâtiment, videur de discothèque- il se rendra en Israël où il travaille dans un kibboutz et tisse de nouveaux contacts.
De retour en France il met à profit sa connaissance du russe et du monde soviétique pour installer sur les Champs Elysées sa première entreprise : un bureau de traductions techniques avec un peu plus tard une succursale au Canada. Cette officine lui sert surtout à établir ou rétablir des liens avec sa patrie d'origine. Avec l'effondrement de l'Urss sa fortune prend tout son essor.
Touche à tout, Gaydamak ouvre d'abord à Moscou une loge de franc-maçonnerie, la première depuis la révolution de 1917, rachète un cirque, puis se lance dans des opérations plus juteuses. « C'était le « Far-East » : il fallait alors, pour se lancer et réussir, une âme d'aventurier. Il fallait aimer les coups », se souvient-il.

Période bénie pour les oligarques

De 1989 à 1995 c'est « la période bénie », explique-t-il dans ses mémoires. «Le pays est en proie à une hyperinflation. La monnaie perd jusqu'à 100% par mois. (…) Celui qui maitrise les techniques comptables, connaît quelques banquiers et dispose d'un million de dollars peut s'enrichir énormément en un temps très court. ».Les métaux non-ferreux et le charbon font entrer Gaydamak dans la catégorie des « oligarques » ces capitaines d'industrie, liés au nouveau pouvoir qui « prennent le contrôle de toutes les activités stratégiques de pays, du gaz au pétrole, de l'agroalimentaire au cuivre. »En France il réside dans les beaux quartiers : tantôt avenue Foch, tantôt avenue Victor Hugo, tantôt à Deauville, tantôt au Cap d'Antibes où même si son permis de construire est légèrement bancal « ministres, présidents, hommes d'affaires viennent tour à tour jouir avec nous de la Provence ».Gaydamak fréquente donc le beau monde, rencontre des politiciens, dont Charles Pasqua, et établit des contacts avec les « services » aussi bien en Russie qu'en France. Avec ces personnages de l'ombre « nos rencontres se sont multipliées, et il est évident que nous échangions des informations» explique-t-il. « Qui manipule qui, en pareille situation ? », interroge-t-il, faussement ingénu.

Le système d'Arcady Gaydamak commençe à se gripper...

L'affaire des armes à l'Angola vient gripper le système Gaydamak qui malgré quelques anicroches fonctionnait globalement sans trop d'à-coups. Dans ses mémoires, Arcadi Gaydamak se défend de toute malversation et se présente comme la victime d'une affaire qu'il résume comme un vaste complot pour écarter Charles Pasqua de la course à la présidence en 2002.
Gaydamak qui hésite rarement à se parer des plumes du paon assure sans sourciller que son implication dans les affaires angolaises au début des années 90 a permis de mettre fin à la guerre civile entre le régime de José Eduardo Dos Santos et les rebelles de l'Unita du défunt Jonas Savimbi.En tout cas, il retire de cet épisode une nationalité angolaise qui s'ajoute à celles obtenues en France et en Israël et reçoit en prime le titre ronflant de conseiller du ministère angolais des Affaires étrangères. Mais il préfère ne pas assister au procès de l' « Angolagate » et prend la fuite dès 2000 en Israël où son esprit d'entreprise ne faiblit pas. Pour se construire une bonne image, explique-t-il, il achète un club de foot et une chaîne de grands magasins, crée un parti politique d'extrême droite « Justice sociale », se présente sans succès à la mairie de Jérusalem, organise des camps de réfugiés pour les habitants du nord d'Israël pour échapper aux tirs du Hezbollah pendant la guerre de 2006...Mais le sort, où plutôt la justice, s'acharne sur lui et il doit à nouveau faire ses bagages, cette fois pour la Russie quand il se trouve impliqué en Israël dans une nouvelle affaire de blanchiment d'argent. Arcadi Gaydamak n'a sans doute pas fini d'étonner le monde et sa biographie comprendra encore de nombreux chapitres. Lui-même se voit surtout comme une victime des circonstances aussi bien que des apparences.

Gaydamak "marche à la confiance"...


« Je marche à la confiance, à la poignée de mains. (…) J'ai concentré tous les ingrédients à la fois : des services rendus à des agents secrets et d'autres à des politiques ; des liens avec de grands industriels comme avec plusieurs responsables des services de renseignement ; des contacts privilégiés avec des chefs d'Etat ; pour finir, je suis russe. Quel que soit l'angle sous lequel on me regarde j'avais vraiment le profil idéal… », conclut-il en guise de bilan.

André Birukoff


Le Revers de la Médaille. Arcadi Gaydamak en collaboration avec Frédéric Ploquin. Fayard

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Dean Koontz. Un type bien. Editions Jc Lattès.