Un roman de Francois Langlade : Les vies sauvees d'Alexander Vielski.

Dans l'horreur de la Lioubanka, un tortionnaire retrouve son humanité

«Une chose est certaine : je me trouve au centre d'un monde, là où l'on défend le coeur de notre nation et de nos idéaux.Je vois bien que c'est un chaudron ardent dans lequel je vais me plonger.La violence et la mort vont faire partie de mon quotidien. J'aurai à mentir et à tuer. Mais ma décision est prise et je l'accepte».

Alexander Vielski, un jeune juif géorgien, travaille à Moscou dans un laboratoire des Services Secrets soviétiques où l'on expérimente des poisons sur des cobayes humains. Dans les caves de la Loubianka, siège du MVD qui deviendra plus tard le KGB, les adversaires du régime sont torturés et tués sans état d'âme sous la direction du professeur Grigori Maïranovski. Le personnage a réellement existé. Et la création de ce laboratoire des poisons avait été décidée en 1921 par Lénine.

« Le long du couloir souterrain du laboratoire X continuaient de ramper les serpents luisants de la mort(...) Certains corps suppliciés se changeaient en poupées de chiffon que l'on jetait comme des paquets sur les chariots. D'autres se couvraient de pustules suintantes et se liquéfiaient, dégageant une odeur pestilentielle qui brûlait la gorge des techniciens». Alex ne se contente pas d'aider au massacre. On l'envoie en mission assassiner l'archevêque uniate Teodor Romza en lui plaquant sur le nez un chiffon imprégné de cyanure de potassium. Mais peu à peu, le jeune juif, se rend compte qu'il commet les mêmes horreurs que les nazis d'Auschwitz. Les cadavres des suppliciés de la Loubianka ne sont-ils pas eux aussi brûlés dans un four crématoire pour effacer toute trace?

Les vies sauvées d'Alex Vielski, fiction remarquablement écrite par François Langlade ( les scènes de torture et la description de la folie meurtrière du«Docteur de la mort» resteront dans les mémoires) est l'histoire de ce retournement, où comment un tortionnaire totalement esclave du totalitarisme, retrouve peu à peu son humanité. L'amour l'y aidera, car Anna, une infirmière qui travaille dans le sinistre laboratoire et dont il tombe amoureux, suit sensiblement le même parcours. Ils sauveront des hommes de la mort. La fiction de Langlade alors devient un thriller angoissant. Anna sera surprise en train d'évacuer un détenu par un soupirail et assassinée après d'horribles tortures. Alex, démasqué lui aussi, réussira à échapper aux sbires de Staline. Jk.
François Langlade. Les vies sauvées d'Alexander Vielski. Robert Laffont


Livres-Romans
Six questions à François Langlade à propos des "Vies sauvées d'Alexander Vielski".

Votre fiction se déroule en URSS à l'époque de Staline et du sinistre Béria. Pourquoi avoir choisi cette époque?

Il s'agit de l'une des pages les plus tragiques de l'histoire de l'URSS. Quelques années à peine après la découverte de la Shoah, Staline se lance dans une politique antisémite de grande envergure. On a longtemps évité de parler de ce sujet, rarement traité en littérature, et pourtant quelle matière romanesque ! Dans la peur et la mort, les sentiments s'exacerbent, les passions se déchaînent.

Vous mêlez des personnages fictifs à des personnages ayant existé réellement comme le «docteur de la mort», le professeur Maïranosvki, ou le diplomate suédois Wallenberg. Ce procédé augmente bien sûr l'impression de réalité, mais n'est- ce pas finalement plus difficile pour le romancier que de mettre en scène uniquement des personnages fictifs?

Il est important d'être précis afin d'être crédible lorsqu'on décrit une époque et des personnes qui ont existé. Cela demande un travail très exigeant mais le romancier doit se glisser de la même façon sous la peau de ses personnages, qu'ils soient réels ou fictifs. Mais il y a moins de liberté permise pour les personnages historiques.

Vous alternez souvent l'écriture à la première personne(  Point de vue du personnage principal) et l'écriture à la troisième personne( Point de vue extérieur). Pourquoi avoir choisi cette technique?

L'écriture à deux voix m'a permis de montrer l'évolution du personnage central qui, petit à petit, passe de sa certitude idéologique, sans aucun doute ni recul, à une prise de conscience : les actes qu'il commet sont assassins. Progressivement, les deux voix vont se confondre et le lecteur sera plus en symbiose avec le héros, avec lui dans l'action et le sentiment.

Ce roman ne pourrait-elle pas être le départ d'une saga?

Non, il s'agit vraiment du destin d'un homme, Alex, et également d'une femme, Anna, qu'il aime intensément.

Êtes vous allé à Moscou et dans les provinces décrites dans votre livre? En ce qui concerne les cachots du MVD,  sur quelle documentation vous êtes vous basé?

Oui, notamment Saint-Pétersbourg. Il y a cependant très peu de documentation sur cette période, souvent tirée uniquement de ce qu'on a pu voir des archives du KGB. Mais l'imagination est clé pour pallier le manque d'informations et de témoignages. Je crois que c'est le rôle de la littérature de créer ou recréer une réalité disparue ou oubliée.

Y a t-il une «morale» de l'histoire  ( Par exemple: « les pires criminels peuvent se racheter» ) ? Ou votre propos était-il plutôt de faire le portrait d'une époque à travers certains personnages?

Mon roman s'inscrit dans un contexte historique très précis. Pourtant, il pose une question plus universelle. Doit-on obéir et servir une idéologie totalitaire et meurtrière quand tout le système de valeurs issues de sa culture, de sa religion et surtout de sa conscience s'y oppose ?
Au nom de l'humanité qui est en soi, le devoir de désobéissance s'impose.

( Propos recueillis pas A-lire.info)

 

 

 

 

 


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Dean Koontz. Un type bien. Editions Jc Lattès.