Cour des miracles un roman de Martin Cruz Smith

Les monstres moscovites

"Vous avez remarqué que Moscou est pleine de monstres?" Posée incidemment, la question ne surprend pas l’inspecteur Arkady Renko. Les monstres moscovites -tueurs à gages ou trafiquants d'êtres humains, fonctionnaires corrompus ou policiers souteneurs, prostituées de tout sexe ou drogués de toute espèce- ont depuis longtemps cessé de le surprendre.
Flegmatique et blasé, ironique et cynique, toujours à deux doigts de la déprime, Arkady Renko reprend du service dans « Moscou, cour des miracles », sous la plume de l’Américain Martin Cruz Smith qui l’a fait naître il y a 30 ans dans « Parc Gorki », un thriller qui avait pour cadre les hautes sphères du pouvoir soviétique.
Trente ans après et cinq aventures plus tard, Arkady Renko, continue de fourrer son nez dans des affaires qui ne le regardent pas au grand dam de son supérieur hiérarchique, le rusé procureur Zurin qui voudrait bien le voir raccrocher une fois pour toute.
Le dernier roman de Martin Cruz Smith est construit sur une double intrigue. D’une part le vol d’un bébé, dont la mère Maya est une adolescente déboussolée, contrainte par ses parents à la prostitution. De l’autre, la mort apparemment par overdose d’une jeune femme, une affaire que les autorités, inquiètes des ramifications qu’elle pourrait révéler, voudraient bien classer rapidement mais que l’obstiné Renko s’efforce d’éclaircir, envers et contre tous. Menées en parallèle les deux histoires donnent lieu à de spectaculaires rebondissements et servent de prétexte à une plongée tout aussi spectaculaire au cœur de la Russie actuelle.
Sur la piste du bébé dérobé, le lecteur découvre, les bas-fonds de Moscou, l’univers interlope des « Trois gares », officiellement la Place Komsomolskaïa, principal nœud ferroviaire de la capitale, où les gares de Iaroslav, Kazan et Leningrad délimitent une redoutable zone de non-droit. Un monde peuplé de prostituées femmes ou hommes, «soutenus » par des policiers corrompus, un monde de junkies et d’enfants perdus, pickpockets de haut vol dont la seule distraction est de sniffer de la colle ou respirer à pleins poumons le gaz de bombes aérosols.
A l’autre bout de l’échelle sociale, Renko côtoie pour son enquête les personnalités qui comptent dans la Russie de Vladimir Poutine. L’impassible inspecteur que plus rien n’étonne, nous entraîne entre autres dans une étonnante « Foire du luxe » où un collier d’Elizabeth Taylor se vend 275.000 dollars, où une Bugatti Veyron qui atteint les 100km/h en moins de 3 secondes trouvera preneur à 1,5 million et où un voyage vers la station spatiale internationale coute la somme modique de 25 millions de dollars.
« Moscou, cour des miracles » dresse un constat sans appel de la nouvelle Russie, née sur les ruines du système soviétique et l’on comprend dès lors que pour échapper à cet enfer Arkady Renko n’ait d’autre désir que se retirer dans sa datcha délabrée des environs de Moscou, le seul bien que son père, policier comme lui, ait réussi à lui léguer.
André Birukoff
Martin Cruz Smith. Moscou, cour des miracles . Calmann Lévy.

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Dean Koontz. Un type bien. Editions Jc Lattès.