La berge, nouveau roman de l'écrivain chinois Su Tong

La Berge, dernier roman de Su Tong, prouve, une fois de plus, le grand talent de conteur de l'écrivain chinois qui nous entraîne à l'époque de la révolution culturelle dans la petite ville de Youfang. Su Tong né en 1963 avait connu un succès mondial avec sa fiction Epouses et concubines qui avait été porté au cinéma.

C'est la Chine profonde que l'écrivain nous décrit avec des mots simples et des dialogues truculents, très bien rendus par François Sastourné, traducteur de l'ouvrage. Et ce n'est pas chose facile, car rien que les noms des protagonistes sont déroutants pour le lecteur occidental, mais les odeurs, les bruits, la libido, et les cris des uns et des autres donnent à ce roman une grande force d'évocation.

Ku Wenxuan un petit fonctionnaire, choyé par le régime car on le dit fils de Deng Shaoxiang une révolutionnaire martyre, connaîtra subitement une descente aux enfers. "Les voix du ciel sont insondables, dit le narrateur de cette fiction à la première personne, le fils de Ku. Un été, continue t-il, le district dépêcha une mystérieuse équipe de travail qui jusqu'à l'automne s'attela à récrire jour après jour le destin de mon père".

On l'accuse d'être un imposteur, de ne pas être le fils de la célèbre révolutionnaire. Ku Wenxhuan, très porté sur le sexe, finira par s'isoler du monde avec son fils dans l'une des innombrables barges qui circulent sur la rivière des Moineaux. Il quittera la" berge" pour le monde des mariniers. " Notre monde est une rivière impétueuse, étroite et longue, écrit Su Tong au début de cette fiction de 450 pages.(...) Chaque goutte d'eau engendre mécaniquement une autre goutte d'eau, chaque seconde reproduit mécaniquement une autre seconde". Cette peinture sociale très réaliste n'est pas exempte de poésie et de réflexions sur la vie."J'observai mon ombre mince et triste sur le pont, dit le narrateur, et découvris la profondeur de ma solitude, ainsi que celle de l'amour,plus insondable encore que les eaux de la rivière"

Nous sommes plongés dans le délire de la révolution culturelle vue à travers les yeux des petites gens. Les mariniers se bagarrent avec les policiers armés de gourdins qui veulent les empêcher de débarquer et les contraignent à défiler sous leur surveillance. On parle des "instructions d'en haut" que personne ne comprend bien. Même le langage a changé. Pour amorcer la conversation avec ses futures conquêtes, Ku Wenxuan très porté sur le sexe, a toujours la même formule"Camarade, il émane de vous la grâce du romantisme révolutionnaire".

Le tournant de l'histoire sera la découverte par Ku Dongliang, le fils du fonctionnaire déchu, d'une petite fille orpheline cachée dans l'une des barges. Elle deviendra quelques années plus tard -le roman se déroule sur 13 ans et se termine dans les années 80 - la belle Huixian, une célèbre actrice et chanteuse. Le jeune Ku en tombera bien sûr amoureux. Sera t-elle, elle aussi, broyée par la révolution culturelle et le père de Ku Dongliang, le vieux Ku Wenxuan qui a tenté de se couper le sexe pour réprimer ses pulsions, pourra t-il reprendre pied sur la" berge"?

Su tong. La berge. Gallimard. Collection Bleu de Chine.( En librairie le 19 janvier)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A lire : monde
Chine : veut-elle dominer le monde?

La Chine s'est non seulement réveillée, comme l'avait prédit Napoléon Bonaparte, mais en plus elle s'est lancée à la conquête du monde. Mais pour atteindre cet objectif elle n'a pas (ou pas encore) choisi la manière forte. Au contraire, elle applique le concept de « puissance douce » ou « soft power », un cocktail d'une redoutable efficacité qui marie séduction et savoir-faire sans parvenir toutefois à occulter entièrement une dose passablement machiavélique d'hypocrisie. Pour s'imposer aux quatre coins du monde, la Chine a choisi le charme, explique Barthélemy Courmont dans Chine, la grande séduction  publié chez Choiseul qui analyse de manière didactique et claire la stratégie de l'ancien « Empire de milieu » pour devenir une "méga-puissance".
André Birukoff
Pour en savoir plus


A-lire: monde
Chine : les trente ans qui ont changé la Chine ( 1980-2010)

Ce livre de Caroline Puel (Les trente ans qui ont changé la Chine. Buchet Chastel) qui couvre la Chine depuis de nombreuses années pour des médias français comme Libération ou Le point, aurait pu avoir comme sous-titre «Chroniques de Pékin». L'auteur a en effet choisi un plan chronologique en présentant les uns après les autres les événements clés des trente dernières années donnant ainsi au livre, écrit au présent, l'apparence d'un recueil de chroniques. On se retrouve ainsi, au gré des pages, plongé dans l'ambiance ou la problématique d'une époque, avec beaucoup de choses vues qui ont souvent disparu depuis quelques années de la couverture habituelle des agences de presse. Cet ouvrage de plus de 500 pages est ainsi une mine de renseignements sur la Chine actuelle aussi bien sur le plan intérieur qu'à l'international. Le découpage par année, et par sujet, permet de s'y retrouver facilement et on y trouvera des angles qui s'écartent de la ritournelle habituelle, comme par exemple ce passage sur l'attitude de la Chine envers l'Europe « La Chine est demandeuse d'un véritable interlocuteur européen(...) et a cru en L'Europe bien avant les Européens» note ainsi Puel. Le non français au référendum de 2005 les a laissés pantois" « Notre Europe (...)sans vision ni structure de décision effective est devenue un sujet de dérision». Autre passage intéressant, mais ils sont légions: celui qui traite des problèmes de communication dont souffrent les Chinois, problème d'autant plus préoccupant que le flou qui entoure le développement de la Chine risque de miner son projet de rayonnement pacifique. Avec les réflexes de peur qui pourraient se développer en Occident,estime Puel«Le scénario noir serait alors l'évolution vers une confrontation entre le monde chinois et l'Occident, même si aucun responsable de part et d'autre ne semble aujourd'hui prêt à envisager ce cas de figure».
Caroline Puel. Les trente ans qui ont changé la Chine. Buchet Chastel

 


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L'attente de l'aube : le nouveau roman de William Boyd

Vienne 1913. L'empire austro-hongrois est "une soupe de légumes, une grosse salade infecte" où coexistent tant bien que mal autrichiens, hongrois, croates, bosniaques, italiens, et autres ukrainiens. Quant à Vienne, il y coule un fleuve "sombre et puissant...le fleuve du sexe".Un roman tout en finesse à l'ombre du grand Freud. Suite
William Boyd. L'attente de l'aube. Editions du Seuil.
(en librairie le 3 mai)

+Autres romans francais et étrangers



 



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Histoire: rien ne vient étayer la thèse selon lequel la résistance de l'amiral Canaris à Hitler aurait été un "mythe"

L'historien Pierre Jardin, agrégé d'histoire et docteur d'état en sciences humaines et sociales, s'inscrit en faux contre la thèse d'Eric Kerjean selon lequel la résistance de l'amiral Canaris à Hitler aurait été un "mythe". Eric Kerjean, écrit-il, multiplie dans son ouvrage "Canaris : le maître espion de Hitler" (Perrin) " les erreurs factuelles,et défend ses principales thèses sans apporter beaucoup plus que des affirmations péremptoires qui rien ne vient étayer" Suite


A-lire : histoire
Les Incas

Les Incas sacrifiaient des enfants et étaient de féroces guerriers. Personne n'a jamais retrouvé les trésors qu'ils auraient caché dans les Andes pour qu'ils ne tombent pas dans les mains des conquistadores espagnols. Suite


A-lire : histoire
Nazis : Magda Goebbels, la mère monstrueuse

Magda (future épouse du ministre de la propagande du Reich Joseph Goebbels) n’a pas encore treize ans. La voyante lui demande de couper les cartes de la main gauche, puis elle les dispose méthodiquement en quatre rangs. Elle prend la main de Magda, en étudie attentivement les lignes,et déclare : «Un jour, tu seras une reine de la vie, mais la fin sera terrible». Suite


 

Un choix parmi les nouveaux romans


birdyWilliam Wharton. Birdy
Al et Birdy sont inséparables depuis l'école. Al est athlétique, hâbleur, bagarreur. Birdy n'a qu'une passion : les oiseaux. Des années plus tard, alors qu'ils reviennent de la guerre, Al, blessé au combat, est appelé au chevet de Birdy, qui vit prostré dans la cellule d’un hôpital psychiatrique, enfermé dans un mutisme incompréhensible. Dans un monologue intérieur délirant, le rêveur fou ne s'adresse plus qu’à ses oiseaux... Birdy est un livre hypnotique sur l'amitié, le rêve, la guerre, la folie et la beauté. Il a été porté à l’écran par Alan Parker. WILLIAM WHARTON (1925-2008), de son vrai nom Albert du Aime, est né à Philadelphie. Pendant la Seconde guerre mondiale, il s’engage très jeune dans l’armée et est blessé lors de la bataille des Ardennes. Après ses études d’art et de psychologie, il émigre en Europe et s’installe définitivement en France, où il mène une carrière de peintre. Il publie son premier roman, Birdy, alors qu’il est âgé de 52 ans. Ce livre reçoit le National Book Award en 1980 et connaît un succès planétaire.
William Wharton. Birdy. Editions Gallmeister

 


Dean Koontz. Un type bien
Timothy Carrier a l’habitude, après le travail, de venir boire une bière dans la taverne de son ami ; il aime entraîner les clients excentriques dans des conversations amusantes. Mais ce soir, l’homme bizarre assis à côté de lui au comptoir prend Tim pour quelqu’un d’autre, et lui remet une grande enveloppe. Dans chacun de ses romans, Dean Koontz entraîne le lecteur dans des mondes complexes et déroutants, où se mêlent le suspense et le merveilleux. Dans son dernier ouvrage, il retrouve son thème de prédilection : un homme lambda plongé dans une situation extraordinaire, qui va devoir combattre un adversaire redoutable… Après Stephen King, Dean Koontz est l’auteur le plus aimé des Américains. Il a publié près de 50 romans dans le monde entier.
Dean Koontz. Un type bien. Editions Jc Lattès.